Nous voilà arrivés à destination... Le lac Titicaca, ce nom qui fait rêver, celui du plus haut lac navigable au monde.
Nous avons mis une petite semaine pour rejoindre le lac de Cuzco. Une semaine de rencontres aussi particulières les unes que les autres.
Le premier soir, à peine a 40 km de Cuzco, nous avons planté la tente au sein d'une petite communauté de 20 familles. Ils nous ont invités dans leur village, affolés à l'idée que nous allions planter la tente plus près de la route "c'est très dangeureux ici, il y a souvent des assessinats". ¡Dios mio! Quelle attraction nous avons contitué pour le village entier! Les hommes se sont attroupés autour de "bicicleta" et ne l'ont plus lachée des yeux de la soirée. Les femmes m'ont regardée cuisiner, les yeux en poisson: ¿Une courgette? ¿une aubergine? ils n'en avaient jamais vu, alors que cela se vend en quantité a Cuzco. Mais alors notre réchaud, cet objet devait certainement venir de l'espace. Plusieurs fois dans la soirée, ils sont venus nous remplir le ventre avec du maiz, ce qui constitue la base de leur alimentation.
 
Nous avons également été accueilli chez un berger. A nouveau, nous allions planter la tente dans l'endroit le plus dangeureux du monde (ou le deuxième sur la liste), quand le berger a trouvé préférable de nous placer dans son patio. Ce berger gagne a peine 30 euros/mois, garde un troupeau de 14 moutons qui ne lui appartient même pas et dont la valeur ne dépasse pas un dixième de ce que nous tranportons avec nous. Certaines choses vous remettent à votre place. Nous avons partagé avec lui notre repas et l'avons écouté... parler, parler... de tant de solitude peut-être.
En vrac...
Le carnaval péruvien...
Il dure deux mois, du premier janvier à fin février...
Le principal rituel est de balancer de l'eau ou de la mousse en spray, à nimporte quel passant. Le grand amusement des petits, et finalement des plus grands aussi. Nimporte quel passant, ca veut dire le petit vieux qui tient à peine sur sa canne, un cadre en costume cravate qui va a un RDV imporant, et bien sur, le plus excitant de tout, une gringa sur une bicicleta doble... Gringa? Bein oui, au hasard, nous nous comptons plus les fois ou nous nous sommes fait aspergés. Mais c'est chaque fois moi qui ai pris le pactolle. Fix, rien du tout. Trop injuste. Bref, vous comprenez bien que le carnaval nous à tres vite énervés. Nous n'avons pas l'air d'être les seuls, un sondage dans un journal relatant "Et quelle peine attriburiez-vous à ceux qui abusent avec ce carnaval?" "3 a 6 mois de prison" fut la réponse générale.
Faisant également partie du carnaval, les parades dans les rues... Nous en voyons presque tous les jours...Les femmes dansent, les hommes jouent de la musique, le tout forme une parade colorée et un peu dissonnante (vu qu'ils ont bu un peu trop de chicha alcoholisée).
Notre look sur le tandem...
Nous vous avons laissé imaginer à quoi nous ressemblions sur notre bicicleta. Voilà ce que cela donne en réalité, avec la récente invention du guidon sous ma selle... Alors, quand nous sommes dessus, cela semble encore naturel... Mais quand il est posé, nombre de gens qui se gratte la tête, voyant le guidon derrière les pédalles:"L'un regarde à l'avant, l'autre à l'arrière?"
 
Les élections...
Ayant passé au Venezuela les trois mois précédent les élections, j'avais déjà été servie avec les discours, les parades, les chansons (¡Uh, ah, Chavez no se va!), les peintures sur les murs, les cris du peuple... 
En Equateur et au Perou, nous n'avons vu que des reliques des propagandes d'il ya quelques mois... 
En Equateur, chaque partisan a un numero. Très vite, nous sommes devenus incollables au jeu: "Correa, quel numero?"
Au Pérou, une choses est sûre, la majorité des habitants n'a pas assez d'argent pour peindre la facade de sa maison, mais tous les murs sans exceptions sont peinturlurés aux slogans d'un parti. Le slogan le plus sensationnel que nous ayons croisé: "Avec Martinez, plus de produits chimiques pour vos cultures" accompagné du sigle de son parti (qu'il faut cocher), un pulverisateur.
Le quizz
Je continuerai en remerciant ceux et celles qui ont répondu au Quizz, cela nous a bien fait rigolé. Nous leur devons quelques précisions, car ils ont parfois pensé des choses étranges à notre propos ;-)  ...
Au fait.. Le grand gagnant est... tadaaam ... Michel Cornet, qui est celui qui a le moins mal répondu, et très rapidement. Qu'il s'attende à devoir porter un bonnet péruvien en toutes circonstances pour ne pas nous vexer.
 
Q.1. La photo ne représente pas Idalina qui fait pipi (merci, je suis une fille) mais Idalina qui tient le vélo alors que nous nous étions fait embarqués par un camion. Pas évident de garder l'équilibre. Arrivés au village de La Union, on s'est dit pourquoi pas aller visiter des ruines qui sont proches avant de continuer notre route... Seulement, le chemin qui y menait était tout simplement impraticable. Une montée sur 500m de dénivellée, des nids de poule, puis une pampa détrempée... Bref, Fix a du poussé le vélo sur 10km, en comptant les 5 minutes de camion. Une fois en haut, on avait presque plus envie de les visiter. Un petit homme sorti de nulle part s'est approché de nous pour nous vendre l'entrée. En moyenne, deux visiteurs par semaine visitent le site (sans blague quand on voit le chemin qui y mene). C'était réellement magique de vister ces ruines, comme seuls au monde. Satisfaits de l'effort du jour, nous avons décidé de planter la tente... dans les ruines (Réponse à la Q.2.)! Pour ce qui est d'écrire INKA ou INCA, il ne faut pas m'en tenir rigueur, les INKKCCAs n'écrivaient pas! Ici on voit les deux, selon l'inspiration de celui qui l'a noté. Il est donc fréquent de lire un nom de village écrit d'une maniere a l'entrée, et d'une autre a la sortie.
 
Q.3. Fix n'est pas capable de refaire ses lacets en pédallant, qu'est-ce que vous croyez! Par contre, il sait prendre des photos en roulant, ce qui représente deja un sérieux exercice d'équilibre...
 
Q.4. Une petite Madame Péruvienne m'a bien étalé de la creme sur les épaules. Du bluff parce qu'elle n'avait certainement pas d'escabaut? Et moi, je ne peux pas m'asseoir? Elle en a bien profité d'ailleurs, c'était l'occasion d'étaler de la crème sur ses mains toutes abimées par le froid et le travail, ce qu'elle ne doit jamais faire...
 
Q.5. Fix a déjà perdu deux réveils (mais c’est pas tellement grave parce que le premier sonnait tellement peu fort qu’il fallait etre reveillé pour l’entendre, et le deuxième avait un tic tac tellement fort qu’il ne nécessitait pas de sonnerie vu qu’il nous empêchait de dormir). Finalement, ce n'est pas si grave, vu qu'il est impossible de ne pas se réveiller au lever du soleil a 6h du matin (la lumiere, les coqs, etc). Reste à voir s'il ne ratera pas son avion...
 
Q.6. Idalina a-t-elle perdu 5 kg grâce aux bienfaits du vélo??? Désolé, cela reste top secret. Par contre, ceux qui pensait qu'il était impossible que je le sache (vu qu'on ne transporte pas notre balance), c'est raté. Ici, il y a un métier qui consiste a mettre une balance dans la rue, s'asseoir à coté et vendre aux gens leur poids (si le client est satisfait, il est de coutume de payer le double)...
 
Q.7. Apres s’etre fait appelé « toubab-argent » en Afrique, le nouveau surnom de Fix est « gringo-caramelo ». Ou parfois "gringo-plata" ou simplement "gringuito" ou "señorcito" (señorcito, il aime pas parce qu'il dit qu'il est bien plus grand que tous ces nains de péruviens ;-)   )
 
Q.8. Nous avons roulé toute une après-midi sur une route quasi déserte. Parce que "les deux". C'était d'ailleurs bien agréable. Le bulldozer a mis 3 heures a dégager le passage a travers la coulée de boue, et une nuit a nettoyer completement la route. Et le camion a lait est resté coincé une heure a un carrefour. Vive la logistique.
 
Q.9. C'est mal connaitre Fix que de dire qu'il élit son camion du jour si son camioneur lui propose de l'embarquer. Un voyage à velo, c'est à velo, et pas en engins motorisés (sauf exception pour les ruines, parce que cela, c'etait un extra à la route, et qu'on allait la reprendre là où nous l'avions laissée). Par contre, plusieurs fois, moi je n'aurais pas dit non!
 
Q.10. La Toyota Corolla est effectivement la voiture du peuple péruvien. Pourquoi? Parce qu'elle a un grand coffre, ca permet de mettre encore quelques personnes à l'arriere. Il n'est donc pas rare de voir dix personnes dans une toyota Corolla.
Maintenant, je ne peux pas vous certifier qu'il y en ait plus que de lamas.

Quant aux cyclotouristes, nous en avons rencontré 5 au total, et pas des moins originaux. Un couple de tcheques roulants sur des bents bricolés maison (velo ou l'on roule couché) depuis le Mexique, un quebecquois qui semblait en stand by (ca faisait 6 mois qu'il s'était installé a la casa de ciclistas), un vieil écossais qui voyageait depuis 10 ans (10 mois de vélo, puis 2 mois de repos dans sa campagne écossaise) et un polonais. La rencontre avec le polonais fut de loin la plus émouvante. En pleine montagne, au milieu de nulle part... Nous nous sommes sauté dans les bras. IL parraissait tellement heureux. Ne parlant pas espagnol, il fut ravi de pouvoir converser. Nous avons échangé nos expériences. Lui, a rigolé pendant deux heures. Il n'a pas arreté de répéter "Mais si déja moi j'ai du succes sur la route, mais alors vous?" Il nous a surement trouvé un peu fous, avec mon guidon sous la selle et toutes les aventures que nous avons conté. Quand on est en plein milieu d'une aventure, on ne réalise pas vraiment que l'on vit quelque chose de particulier. Par contre, quand nous racontons nos expériences, les gens nous écoutent et paraissent tellement étonnés. Nous réalisons alors un peu plus que nous avons en tete une tonne de souvenirs, plus anodins les uns que les autres...

La fin et la suite...

Voilà, nous nous quittons dans quelques jours, plus amoureux que jamais, mais c'est loin d'être la fin des aventures... Pour ma part, je continue vers la Bolivie. Et Fix enchaîne sur Ho Chi Minh au Vietnam, avec 10 maigres heures d'escale en Belgique. Vous pouvez continuer à le suivre sur son site "développement durable" auquel il a beaucoup travaillé, ou sur le site web de la Libre Belgique.

Petit QUIZZ confectionné par Idalina rien que pour vous:

(on compte sur votre participation, un bonnet péruvien à celui ou celle qui fera un sans faute)

1. Que représente cette photo ?

Vrai ou faux (bluff ou bluff pas ?)

2. Nous avons planté la tente au sein d’un site archéologique Inca, a quelques pas du bain de l’Inka en personne.

3. Fix est depuis peu capable de refaire ses lacets tout en pédalant.

4. Une petite Madame péruvienne a étalé de la crème solaire sur les épaules d’Ida parce qu’elle trouvait que Fix avait mal fait le travail.

5. Fix a déjà perdu deux réveils (mais c’est pas tellement grave parce que le premier sonnait tellement peu fort qu’il fallait etre reveillé pour l’entendre, et le deuxième avait un tic tac tellement fort qu’il ne nécessitait pas de sonnerie vu qu’il nous empêchait de dormir).

6. Idalina a perdu 5 kg grâce aux bienfaits du vélo.

7. Apres s’etre fait appelé « toubab-argent » en Afrique, le nouveau surnom de Fix est « gringo-caramelo ».

Choix multiple

6. Nous avons roulé toute une après-midi sur une route quasi déserte. Pourquoi ?

     a. Un camion de lait double remorque est resté coincé au coin d’une rue paralysant tout le trafic.

     b. Une pluie torrentielle a provoqué une coulée de boue de 20m de large sur la route, empêchant le passage de tout véhicule.

     c. Les deux

7. Quel est le critère principal de Fix pour élire « le camion du jour » ?

     a. Il est bien peint.

     b. Il utilise son petit klaxon (et pas le grand en tirant sur sa ficelle et qui s’entend a trois vallées) et a plus de 10 m de nous.

     c. Il lui fait des yeux doux a travers la fenêtre.

     d. Il lui propose de mettre la bicicleta dans le camion pour faire un petit bout de chemin avec lui.

8. Combien de repas sous tente n’ont pas été un spaghetti « thon-tomate » ?

     a. 1 seul, après cela Fix s’est dit plus jamais, c’est trop dur de changer une habitude prise quotidiennement depuis 5 mois déjà (Il faut dire que selon les estimations, Fix aurait déjà mangé plus de 10kg de thon depuis son départ).

     b. 3 fois, car nous nous sommes trompés dans l’achat de 2 boites de thon, ce qui a donné deux spaghetti " purée de sardines-tomate "

9. Nous avons feté deux anniversaires le 9 fevrier. Lesquels ?

      a. Les 2000km de bicicleta sur le sol sud-américain et nos 5 ans de calvers amoureux.

      b. Notre 10 milliardième coup de pédalle et la dixieme réparation « couture » du torchon qui sert de short a Fix.

      c. Les 150 heures de contact du short cycliste d’Ida et de sa selle gel et les 5 ans du chien de Fix.

10. Que croisons-nous le plus fréquemment sur la route ?

     a. Des lamas.

     b. Des Toyota Corolla.

     c. Des autres cyclo-touristes.


Nous sommes un peu gênés de pointer le bout de notre nez sur le net après autant d’absence. Et ceci alors que les statistiques d’audience battent des records tous les tours. Mais voilà, nous avions un petit secret à cacher, surtout à l’inquiétude démesurée de nos parents. Notre secret? Pas grand chose finalement: Nous avons repris le vélo… et ce quelques jours après vous avoir annoncé que nous arrêtions.

Mais commencons par le commencement, Huaraz. Huaraz est une petite ville au pied de la Cordillera Blanca, probablement la plus impressionnante de toutes les cordillères des Andes. Entre autres grands sommets, elle abrite celui que j’ai toujours considéré comme le plus beau du monde, l’Alpamayo. Une immence face Nord (c’est à dire enseleillée puisque nous sommes dans l’hémisphère Sud, les Andes ne sont pas les Alpes) lacérée de ces fameuses "Ice-flutes" si typiques des sommets andins. Je n’ai pas résisté à l’envie d’aller le caresser du regard, et pour ce faire, Ida a dû subir (avec son épaule dans le plâtre) 4 jours de trek à plus de 4000m d’altitude. Elle a souffert mais jamais ne le regrettera. Les Andes ce n’est pas les Alpes, c’est 1000 fois plus grand, plus beau, plus fou. Je m’arrête là, les photos en parleront mieux. A propos de grandeur, nous avons tous les deux battu notre record d’altitude à la force de nos jambes (4700m) et ce sans nous douter le moins du monde que, quelques tours plus tard, nous le surpasserions à vélo (4800m). Ce vélo nous l’avions abandonné depuis longtemps, cela nous faisait très mal, c’était pour tous les deux un rêve qui s’effondrait. Mais de retour à Huaraz, Ida a décidé que ça ne se passerait pas comme ça.

Un jour, au réveil, alors que j’étais en train de déprimer à l’idée de remonter dans le bus, de revoir ces paysages défiler tellement vite, de ne pas en sentir les odeurs, de ne pas pouvoir saluer tous ces gens, de ne plus pouvoir dormir sous la lune… elle me dit: "Et si on réessayait quand même". Mais la position "velo", pour la clavicule d’Ida c’était impensable (puisqu’elle doit garder les épaules en arrière) alors elle a eu une illumination complètement folle. Encore aujourd’hui je me demande ce qu’elle a sous le crâne pour avoir pensé quelque chose d’aussi … impensable. "Et si on mettait le guidon DERRIERE ma selle…" Aussi incroyable qu’il puisse paraître, ça a marché, et même tres bien. 700km plus loin nous sommes encore à ce système qui est d’ailleuirs ideal pour la reparation de sa clavicule. Le lendemain, nous étions sur la route, tout perdus, tout étourdis de retomber si brutalement dans un reve que nous avions totalement abandonné.

Bonheur. D’autant plus que le paysage qui nous attendait sur les 300 prochains kilomètres fut d’une beauté difficilement descriptible a l’aide des 26 petites lettres de notre alphabet. Des massifs enneigés percant la platitude des tourbières d’altitude, des villages miniers perchés a flanc de montagne, des nappes de brouillard recouvrant les troupeaux de moutons, un soleil sec et brûlant, le paysage balayé par des vents mordants de froid. Et puis des visages… tous ces visages brulés par le soleil et tannés par le vent qui nous questionnent du regard : « Mais qu’est-ce que tu fais ici toi ? » La plupart de nos rencontres commencent par une hallucination mutuelle. Nous nous arretons par exemple à la vue d’un type tout seul assis sur une pierre au milieu de ce que l’on peut appeler nulle part et lui hallucine de meme à voir deux blancs sur un velo qui ressemble plutôt a une moto, avec une femme aux cheveux rouges qui se tient à un guidon situé sous ses fesses. Incompréhension réciproque donc, mais les discussions n’en sont que plus intéressantes. Elles commencent toutes de la même maniere :

- « D’où venez-vous comme ça ? »

On cite toujours la derniere ville que l’on a croisée pour ne pas compliquer les choses.

- « Aah, et d’où êtes vous ? »

« De Belgique, un petit pays d’Europe, au nord de la France. »

- « Ah, et vous êtes venus de chez vous avec la bicicleta ? »

« Euh, non, il y a un océan entre les deux, il faut prendre l’avion… »

- « Ah, bon… »

Et là commence en général un cours de géographie:"ici l’Europe... là il y a l’Afrique, ici les Amériques…".

Ici, le contraste est très marqué entre les villes et les campagnes. Particulièrement du point de vue richesse et éducation (ce qui revient probablement à la même chose). D’ailleurs, quand vous parlez de « Belgique... Europe... il faut prendre l'avion...» à un citadin, il y a des chances qu’il vous réponde « Oui, oui, Google Earth » ou bien « Ah, ma sœur habite Anvers ».

Mais revenons a nos moutons, je vous parlais de la beauté de la route. C’est dans cette splendeur que nous avons passé ce fameux col a 4800m, vaillemment et le cul sur la selle. Sans vouloir paraître blasés, franchement ce n’est plus le genre de chose qui nous fait peur. D’ailleurs, quand le soir je checke la route du lendemain sur la carte et lance a Idalina « Tiens, demain un col a 4000m », elle ne sourcille même plus… Nous sommes définitivement acclimatés.

A propos de climat, celui des Andes est tres particulier. Nous sommes actuellement en pleine saison des pluies, mais de la pluie, finalement, il n’y en a pas tellement, et quand elle tombe c'est la plupart du temps en fin de journée. Cette constance nous permet d’organiser nos journées pas trop mal. Si je dis parliculier, c’est qu’il n’est pas rare de croiser des sortes de microclimats. Je pense par exemple à celui de la ville de Huanuco qui est carrément chaud et désertique pour une altitude de tout de même 2000m. Passez dans la vallée adjacente et il vous faudra bien 2 polars de plus. Finalement, je crois qu’on peut dire que chaque vallée a son climat.

Huanuco, c’était notre premiere grosse étape apres Huaraz. Petit hotel pour la douche et le « National Geographic Channel » (un de nos seuls criteres dans le choix de la chambre ; comme si on n’en avait pas deja plein les yeux) pour un départ en pleine forme le lendemain. 150km de montée nous attendaient pour Cerro de Pasco, ville miniere située a 4300m d’altitude. Encore une fois, le paysage qui nous attendait ensuite fut d’une splendeur a couper le souffle, et en descente qui plus est sur une centaine de km jusqu a Huancayo où nous avons pris le bus pour Cuzco. Le bus ? Oui, ce n’est pas mon genre, mais le lac Titicaca est encore loin et cette clavicule nous a fait perdre un temps précieux. De plus, la route jusque là s’annoncait extrêmement monotone et rendue presque impraticable par les fortes pluies. Pas de regrets donc.

Vous allez me dire « Cuzco ? Ah, vous allez voir le Macchu Picchu ? ». Et bien, cette merveille du monde, nous avons décidé de ne pas aller la visiter. Rebelles ? Peut-etre. Butés ? Sûrement. Mais fauchés et outrés surtout. Sachez que pour aller voir ces fichus murs Incas, il vous en coûtera au minimum 150 dollars, tout ça pour y être serrés comme des sardines parmi vos semblables en short et baskets, alors que pour 1 dollar vous visiterez d’autres ruines fantastiques ou vous vous sentirez seuls au monde au beau milieu de cette fabuleuse civilisation Inca. Sachez surtout que de ces 150 dollars, 5 seulement vont au gouvernement péruvien, le reste va directement dans les poches de la compagnie Américaine qui tient le site. Les habitants de Cuzco sont aussi outrés que nous. Alors, demain, nous enfourcherons notre belle monture pour aller visiter les autres sites archéologiques des environs, un petit peu moins grands, un petit peu moins beaux mais au moins notre argent ira dans la poche des Péruviens qui le méritent bien.

 

Equateur...
 
Nous y avons passé trois semaines... Quelle aventure... Les premiers coups de pedalle ont été loin d'être évidents...Enfin, rien de plus normal après tout... Je me souviens encore si bien du départ de l'auberge à Quito, on s'en sortait pas, je pense que les tenanciers doivent toujours nous imaginer dans les rues de Quito à s'exercer à faire une ligne droite sans perdre l'équilibre...
Depuis lors, non seulement on a appris à rouler droit, mais aussi à franchir des cols sur la selle (pas à côté!!!), lentement mais sûrement (ces cols, je les appelais des murs, on devait se croquer le cou pour voir la route passer là haut, tout en haut, et je cherchais en vain le téléphérique qui aurait pu nous mener au dessus des nuages), et à profiter des descentes à pic quand on savait pertinemment bien que descendre voulait dire tout remonter...
En tout, je ne sais combien de vallées nous avons traversées, de "tape-là-je t'aime" nous avons dit en haut des cols... J'ai aussi arrêter de compter les fois où notre "bicicleta" nous a fait des siennes... Mon rôle en cas de problème mécanique n'a jamais été que de rester calme à côté de mon maître mécano dans un état de nervosité peu imaginable, lui sortir un "petit plaisir" culinaire, puis de m'asseoir à l'ombre en attendant que le miracle se produise (je me serais bien rendue plus utile, mais bon!)... En tout cas, je peux vous dire que mon Fix est un as de la réparation de notre bicicleta (on a fini par appeler notre tandem bicicleta, c' est comme ça que les gens la nomme "¿eeeeeeeeeeeh, mira la bicicleta, mira!")...
 
 
En fait, la place arrière sur la "bicicleta doble" m'a bien convenu... Au début, mon rôle fut d'être moteur (en fin, au tout début, j'étais plus une aide au moteur de devant, maintenant je suis un vrai turbo avec mes nouveaux jambons), d'avertir le chauffeur de ce qui se passe à l'arrière (grâce à mon super rétroviseur) et de faire clignotant avec mes bras... Ensuite, on a augmenté mes tâches et posé un frein pour soulager le conducteur (cool, je peux rendre des initiatives et arrêter le véhicule quand bon me semble!)... Mais ce qui m'a vraiment plu dans ma place arrière, c'est qu'on a pas besoin de regarder le sol pour voir où mettre ses roues, les yeux se perdent alors dans le paysage et l'esprit dans la rêverie... Quel beau sentiment de liberté!
 
 
Inévitablement, à l'arrière j'ai aussi pris le rôle de la princesse Mathilde, qui se doit de répondre aux grands signes que font les gens sur le bord de la route...
Les gens sur la route vous montrent leur sympathie ou leur apathie de manière parfois très différente... Le plus chouette en Equateur, c'était les pouces bien haut levés (surtout dans les montées)... Parfois les gens crient quelque chose de leur fenêtre ce qui donne un incompréhensible  "get up aaaaaaaaaaaaaiiiin"... Certains restent bouches-baies, ceux qui nous dépassent sont à deux doigts de faire un accident couplé à un torticoli... D'autres klaxonnent , soit un petit coup sympathique, soit une longue tirade qui débouche les oreilles... Enfin, je crois que peu restent indifférents à notre passage... Pour la majorité, c'est la première fois qu'ils voient passer un véhicule surlequel deux personnes pédalent... Etranges, ces gringos!
 
Nous avons commené le Pérou sur les chapeaux de roues... Le désert, presque tout plat, nous a permis de faire du kilomètre... Chouette pour le moral, on avance enfin... Du tout plat OK, mais nous avons aussi redécouvert les grandes sensations du vent de face...
 
Je me perds entre le passé et le présent... En fait, nous avons fait une chute la semaine passée, rien de grave heureusement, seulement un clavicule cassée de trop qui ne nous permet plus de continuer sur le tandem... Une épreuve de plus sur notre chemin... On en avait vraiment pas besoin... Pour Fix, c'est le sort qui s'acharne... Après son rapatriement d'Afrique... Cette chute, c'est tellement qui s'est effondré en un coup... Où puiser le courage pour surmonter cette nouvelle épreuve? A deux, on est déjà plus fort. Oui, mais c'est quand même pas du tout évident... On a eu notre dose de déprime, mais Fix fait preuve d'énormément de persévérance, je l'admire beaucoup... Les imprévus sont inhérents au voyage, ils font notre vie quotidienne et la richesse de l'aventure et il nous faut donc aussi apprendre à accepter les évenements plus douloureux... Et finalement, on remarque qu'on est plein de ressort et que ce n'est pas encore suffisant pour nous abattre.
 
On a passé une semaine à Trujillo dans une maison de cyclistes de Lucho et Araceli... Une maison ouverte à tous les cyclistes de passage... Un foyer où nous avons pu puiser le réconfort dont nous avions tant besoin, reposer ma clavicule et vivre simplement le quotidien... Un tel accueil est incroyable, à peine passé la porte, on a le sentiment d'être chez soi... Une semaine de moments simples, où nous avons joué de la musique, fêté l'anniversaire d'un couple de cyclistes tcheques qui est sur la route depuis 1 an et demi déjà, visité les ruines des environs... Nous nous mettons à la Zampoña (la flûte de Pan péruvienne), on peut pas encore dire que ce soit agréable de nous écouter, mais on espère s'améliorer...
 
Déjà l'envie de continuer le voyage nomade nous a repris... Nous sommes en ce moment à Huaraz, dans la cordillère blanche, avec l'envie furieuse d'aller toucher les sommets enneigés qui nous entourent... L'Alpamayo est à deux pas et nous appelle... Pourquoi pas aller se ballader à son pied...
 
 
 

News en vrac:

-      Notre tandem a 20 ans et ca se sent, les pièces cassent les unes après les autres. Avec un peu de chance, quand elles auront toutes cassé, nous n’aurons plus de problèmes.

-      Image de gauche: Notre trajet en Equateur en date d'aujourd'hui. Image de droite: Notre trajet en bus du Venezuela à l'Equateur, le trajet en tandem en Equateur et les plans pour la suite, destination La Paz (Bolivie).

-         Quelques chiffres : 700 km. 14 jours. Moyenne de 50 km/j. Distance journalière min : 10 km. Max : 101 km -        

-         Quelques états d’esprit :

o       FX son bas : lorsque nous avons cassé le cable du frein à tambour en pleine descente à pic, sous une pluie torrentielle.

o       FX son haut : lorsque nous avons réparé le même cable aidés par une joyeuse bande de bricoleurs.

o       Ida son bas : la journée de préparation de la veillée de Noel. 1. Impossible de trouver des aliments qui feraient ne fut-ce qu’un tout petit peu "Noel". 2. La laverie qui détient tous nos vêtements ferme avant l’heure, impossible de les récupérer. Et le lendemain est jour ferie. 3. Elle rentre à l’hotel pour se reposer de ses mésaventures, la clé casse dans la serrure.... Il y a des jours où on ferait mieux de ne pas se lever.

o       Ida son haut : l’arrivée à l’auberge après 4 jours d’intense pédalage sur une route qui s’allongeait au fur et a mesure qu’on avancait (dixit Ida).

-         Nous sommes devenus des inconditionnels du fou-rire. Exemples au hasard : Je dis très naturellement à Idalina, « dis chou, oublie pas de piquer le PQ de l’hotel avant de partir ». Ridicule mais j’ai mis 1h a m’en remettre. Ou encore : Idalina boit d’un coup le verre de jus que nous partagions, en voyant ma tête elle réalise sa bourde et dans la confusion recrache tout dans le verre. Encore plus ridicule mais toujours aussi difficile de s’en remettre. Le principe fondamental est d’essayer de ne pas se souvenir de ce genre de moments en plein effort sur le vélo sinon c’est l'arrêt assuré. Tout cela pour dire qu’on tient LA SUPER FORME.. ..


Nous voici donc à Cuenca pour fêter le nouvel an. Nous profitons d’un repos bien mérité dans une auberge offerte par mes parents pour mon anniversaire. Lorsqu’on voyage comme nous, les tours de repos sont plutôt chargés. Faire les lessives, réparer le vélo, Internet (de longues heures), ranger les sacs et tout nettoyer… Mais pour nopus c’est du repos puisque nous ne sommes pas en train de pédaler.

Depuis les dernières nouvelles de Quito, deux semaines se sont écoulées, pour nous une éternité. Comment tout ce que nous avons vécu peut-il tenir dans deux toutes petites semaines? Pour atteindre Cuenca, nous avons tracé notre route à travers l’univers vert de la forêt Amazonienne, entre fleuves sauvages et sombres forêts. Nous nous étions dit que pour un début, la forêt nous serait plus clémente que les pentes andines mais nous avons appris à nos dépens que la forêt équatoriale peut aussi être tout sauf plate et qu’une route asphaltée sur la carte ne l’est pas spécialement sur le terrain. Le début de notre aventure fut fort difficile. Pour aller de Quito à la forêt, il faut avant tout passer un col, c’était donc notre toute première épreuve. A la fin du premier jour, nous étions épuisés et le compteur affichait 10 malheureux kilometres. Et lorsqu’un jour plus tard nous arrivions au sommet, c’était pour nous rendre compte que notre belle route se transformait en piste. De là, une descente interminable, les mains crispées sur les freins, comme une plongée tête la première dans la forêt profonde. Vraiment ….très dur. Ces premiers jours furent donc pour nous une épreuve, un peu comme un examen d’entrée. “Si vous passez ici, vous passerez partout…” Pistes très rudes, pluies torrentielles, nombreuses casses mécaniques (nous avons déchiré un pneu et rompu un cable de frein en l’espace de quelques heures). Mais nous sommes passés, les casses ont été réparées, les pluies ont cessé, nous avons pris de l’assurance. C’est aussi un rythme à prendre, au début c’est l’inconnu, les gestes sont maladroits, les nerfs fragiles, on tombe dans chacun des pièges que nous tend l’aventure… mais on finit toujours par trouver sa place. Maintenant, autant dire que nous sommes devenus des pros du tandem sur piste, que les moustiques equatoriens peuvent aller se cacher et que la forêt amazonienne autant que les montagnes andines ne nous font plus peur.

Les aléas du voyage sont un formidable moyen d’explorer une personnalité. Chaque déboire, chaque moment de bonheur va chercher dans le fond de nous même un trait de caractère, une qualité, un défaut… Et plus la situation est inconnue, plus la découverte de nous même est intense. Dans ces difficultés de début de voyage, j’ai découvert chez Idalina une qualité que je n’aurais pas eu l‘idée de lui attribuer jusqu’à maintenant: le courage. Bien sur elle peut toujours passer du fou-rire à la crise de larmes en l’espace d’un instant mais, là où je perds courage, elle, elle persévère. Nous nous découvrons aussi des défauts mais soit… passons. Quoi qu’il en soit, ici, dans le fin-fond de l’Equateur, nous avons trouvé un nouveau moyen de faire évoluer notre couple.

Revenons à nos moutons. Je parlais de galère mais nous avons aussi vécu des moments très intenses comme cette nuit passée en pleine forêt en compagnie d’une famille indigène du peuple Shuar. La situation était assez chocasse. Nous nous étions arrêtés sur le bord de la piste ahuris par la vue de deux blancs aux cheveux blonds en train de discuter en plein milieu de la jungle. “Salut, qu’est-ce que vous faites ici?” “Moi j’habite ici” nous dit l’un. “Quoi, ici, ici… là comme çà???” “Oui, oui je vis avec la famille indigène là-bas”. Le jeune homme était Allemand, il venait de terminer ses études et s’était donné quelques mois pour s’adonner à sa passion, le reportage vidéo. Ce qui a fini par le conduire ici à étudier ces indigènes. La situation des indigènes ayant gardé leurs traditions est très étrange. Et surtout lorsque la construction d’une route vient subitement leur donner une ouverture sur le monde. Cela donne lieu à d’incroyables contrastes et à des idées naïves et complètement faussées sur le monde moderne (chose que j’ai déjà pu largement vérifier en Afrique). Sous le toit de feuilles de palmier de nos hôtes, on pouvait par exemple trouver une télévision et un lecteur DVD alors qu’ils vivent presque nus et se soignent avec les plantes de la forêt. Ce qu’ils préféraient regarder: Star Wars et les films de karate. Notre ami Allemand nous racontait qu’ils étaient persuadés que nos villes occidentals ressemblaient à celles qu’on voit dans Star Wars… Cette subite prise de contact avec la civilisation le passionnait.

Une dernière petite histoire, la montée vers Cuenca. Il y a quelques jours, nous avons decidé de quitter la forêt pour rejoindre la ville de Cuenca qui se trouve à 2500 m d’altitude dans la Cordillière. Ca voulait dire 2000 m de montée, rien d’insurmontable. Mais les Andes n’ont rien à voir avec nos bonnes vieilles Alpes. Ici, monter 2000 m ça veut dire cheminer pendant 200 km à travers vallées profondes, canyons, cols, descendre, monter, redescendre, remonter... Mais ce n’est pas tout, ici, pendant la saison des pluies  (maintenant), entre 1000 et 2000 m , le paysage est perpétuellement ploné dans les nuages. Pour nous ce furent deux jours complets de purée de pois. Une visibilité entre 5 et 10 m. C’est un sentiment très étrange que d’évoluer dans un tel confinement, à la limite de la claustrophobie. Aucun moyen de faire des plans, notre futur était limité à un périmètre de 5m de rayon. Très frustrant. Pour tout le paysage que nous avons traversé sans voir et pour toutes les belles descentes que nous avons dû faire à moins de 10 km/h sous peine de ne pas voir arriver les virages. Quoi qu’il en soit, c’était ambiance.

Nous voilà arrivés dans la capitale équatorienne, après quinze jours de voyage en Colombie... Nous y serions bien restés encore un petit temps (si l'appel du voyage en tandem n'avait pas été si fort), tant le pays regorge de merveilles en tous genres... Il mérite bien le nom d'El Dorado et serait un haut lieu touristique s'il ne souffrait pas de sa si mauvaise réputation. 

La Colombie présente une diversité inattendue de paysages, aussi magnifiques les uns que les autres... Nous avons eu l'occasion de faire quelques promenades bien agréables entre les plantations de café, dans des palmeraies étranges, dans la forêt tropicale...

Les Colonbiens sont un peuple très accueillant, toujours préoccupé pour que tout se passe bien pour nous... Nous ne leur avons cependant trouvé un grand défaut... Ils sont incapables de renseigner correctement le temps des trajets entre les villes... Et ça va bien sûr toujours dans le même sens: ça prend le double du temps... Et puis, dans les terminals de bus, ils sont carrément menteurs, capables de te faire perdre 10 heures de bus pour que tu prennes leur bus et pas celui du voisin... 

Nous avons été accueillis à Medellin par une famille Colombienne aussi chaleureuse que sympathique, qui nous a fait découvrir la ville et les alentours, et avec qui nous avons dégusté la fameuse "aguardiente" (eau de vie colombienne). Medellin n´a plus rien de la ville d'il y a 15 ans qui était connue comme étant une des plus dangereuses au monde (avec ses 5000 homicides annuels).

Le patrimoine historique est immense... De superbes villes coloniales, des "Museos de Oro" dans de nombreuses villes, des statues précolombiennes...

Nous avons fait un crochet par la ville isolée de San Agustín, où nous avons pu admirer des centaines de statues précolombiennes aussi farfelues les unes que les autres... Impressionnant... San Agustin est une ville paisible, prisée par les hippies qui y trouvent en abondance un champignon hallucunogène, San Isidoro... Moi, je soupçonne les indigènes d'en avoir consommé en quantité lors de la création de leur statues mortuaires...

 Le crochet à San Agustin fut une affaire. 15h pour y arriver (à comparer aux 8h prédites)... Et pour la quitter... La route, contenant un nombre record de nids de poule (Question existencielle de Fix: mais pourquoi toutes les poules de Colombie se rassemblent-elles ici pour pondre?), nous a valu 8h de trajet pour 100 km (assez pénible), mais c'est sans dire que nous avons chopé les places tout au fond du bus, vous voyez celles qui sont surélevés (mais pas le plafond bien sûr), ce qui a donné des cognements de crâne violents sur le plafond pendant tout le trajet... Enfin, tout ça pour donner mille raisons à Fix de préférer la selle de son vélo... Quant à moi, je ne sais pas encore si mes fesses vont préferer la selle... Je vous donne des nouvelles bientôt...

... vu que nous enfourchons le tandem demain... Enfin, Fix ne tient plus en place depuis deux semaines... Nous sommes tout excités... Il est tout beau tout prêt, et surtout il porte une mascotte qui je le sens va bien m'encourager dans les moments les plus durs (merci Nath!!!).

Mais je pense que vous n'imaginez même pas l'oppression pour le récupérer à la douane... Un fonctionnaire est un fonctionnaire, et ce dans tous les pays, mais alors ici, ce sont des champions du monde... Je remercie le ciel de comprendre l'espagnol, de pouvoir faire des crises de pleurs sur commande et de savoir inventer des histoires sur le tas (on accompagne un tour cycliste organisé qui part demain matin)... En gros, récupérer un bagage à la douane coûte un arbre (en paperasse), une dizaine de seiches pour les cachets et le bottage de fesses continu de pétasses inactives qui ne savent dire qu'une phrase "revenez lundi"... En parlant avec une femme qui revenait 2 semaines en Equateur pour la mort de son père et qui insistait pour ses bagages depuis 4 jours auprès de ces bureaucrates tous mous, nous nous sommes bien dit que même si on revanait lundi, nous ne verrions toujours pas une pédalle du tandem. ¡La solución: presionar!   En gros, à chaque étape, quand l'antipathique nous disait que ce ne pouvait être fait avant lundi, on allait trouver son boss, lui faisions pitié, celui-ci passait alors un coup de fil à l'antipathique, et ainsi on passait à l'étape suivante... Et on peut vous dire qu'il y en a eu des étapes, et aussi des billets sous la table... 

Bon, on vous laisse, on a mis plein de nouvelles photos dans les albums Colombie, et maintenant Equateur...

On vous souhaite des joyeuses fêtes de fin d'années, en ce qui nous concerne, qui sait où et comment nous allons les passer... En tout cas Noël entre les tropiques et l'équateur, ça a un charme ... différent!

Presque deux semaines ont passé depuis les dernières lignes de ce site. Pas de gros problèmes ni d'abandon, ni encore de disparition dans la nature mais plutôt un petit moment de transition. La maladie (dont on ne connaît toujours pas l'origine) m'a finalement cloué au lit encore 5 jours en Belgique et pendant les 5 autres jours, j ai patiemment attendu le départ pour Caracas. 10 jours de vie Belge pour reprendre du poil de la bête. Je m'attendais à ce que ce soit l'épreuve la plus difficile depuis le début du voyage mais ca s'est finalement très bien passé et je ne regrette pas ma décision d'avorter une petite partie du voyage en faveur de ma santé.

Comme vous pouvez le voir à notre localisation, l'aventure a repris de plus belle puisque nous sommes actuellement à Cartagena sur la côte caraïbienne de la Colombie. Nous? Et oui, c'est fini le voyage en solitaire, nous sommes maintenant deux à partager les merveilles du monde, moi et "mi amor" Idalina. Pas facile après trois mois en solitaire de devoir repartager sa vie et puis d'être en couple, l'un sur l'autre 24h/24. Mais rassurez vous... quel bonheur!



Ceux qui suivent vraiment bien savent qu'entre Caracas et Quito, nous ne voyagerons pas à vélo mais à pied, ou plutôt en "sac à dos", ceci pour des raisons de sécurité et surtout parce qu'il faut faire des choix, on ne peut pas tout faire, le monde est beaucoup trop grand. Notre objectif est donc d'aller en tandem de Quito (Equateur) à Lima (Pérou) en passant par La Paz (Bolivie), et en attendant d'arriver à Quito on prend le temps, de se retrouver, de se reposer, de visiter. Nous serons en selle dans une grosse semaine après une traversée complète de la Colombie.

"Mon Dieu, la Colombie, mais ils sont fous, ils n'en sortiront jamais vivants!" Croyez moi, la réalité est souvent bien loin de ce que les rumeurs peuvent nous faire croire. D'ailleurs, cette mauvaise réputation, le peuple colombien en souffre beaucoup. Ils sont tellement décus de l'image que le reste du monde a d'eux. Je ne dis pas que c'est le pays le plus sur du monde mais vraiment, il n'y a pas de raisons de s'inquiéter. Il y a bien les FARC qui trainent un peu partout sur le territoire mais ils sont confinés par l'armée dans des recoins bien connus. Quand aux routes elle sont totalement sécurisées par un nombre complètement incroyable de militaires.

Nous sommes donc à Cartagena, petite ville extraordinairement calme et agréable. Dans notre guide on peut lire: "Si le pays ne souffrait pas de cette réputation, la ville de Cartagène serait bien plus qu'un joyau touristique". Depuis hier, nous bénéficions donc d'un joyau touristique sans les touristes, fantastique. Nous le méritons bien ce trésor car le prix que nous avons payé fut trois jours de trajet en autobus presque non stop de Mucuchies (bled paumé dans les montagnes vénézuéliennes où Idalina a travaillé pendant 3 mois) jusqu'à Cartagena. Mais maintenant c'est le relachement total sous les cocotiers des plages Caraïbiennes, mon Dieu que la grisaille belge est déjà loin.

Mais nous avons encore pas mal de projets avant de quitter la Colombie et je crois donc que nous allons bien vite reprendre la route pour Medellin.

Avant de fermer cette page Web, n'oubliez pas de faire un petit tour par l'album photo, un nouveau dossier "Colombie" vous attend, rempli de photos de Cartagena.


Bonjour à tous,

je vous écris cette fois-ci de chez moi en Belgique. J'avais dit dans les dernières nouvelles que j'étais en forme et prêt à repartir. Finalement la maladie a décidé de s'attarder et j'ai dû me résoudre à rentrer. D'après les spécialistes d'Anvers ça ne serait pas la malaria mais plutôt une maladie virale dont ils ne connaissent pas encore l'origine. Quoi qu'il en soit la seule solution est de me reposer en attendant que ça passe.

Je n'aurai pas atteint mon objectif et ceux qui me connaissent peuvent imaginer comme ça me va loin. Mais essayons de voir le positif, ce retour précipité m'a permis d'avancer de presque 10 jours mon vol pour le Venezuela et donc les retrouvailles avec Idalina. Et ça c'est une très bonne nouvelle...

A très bientôt de quelque part en Amérique du Sud...

NEWS:
 
- Je suis a Bamako depuis une semaine. Je sors tout juste d'une belle crise de Malaria, raison pour laquelle vous n'avez plus de nouvelles depuis un certain temps. Pas d'inquiétude cependant, je suis maintenant en pleine forme et repars très bientôt.
 
 
 
 
 
- Nouvelles photos dans Sénégal et Mali. Les amateurs de belles images qui ont apprécié celles du Maroc peuvent apprécier le reste du travail de leur auteur sur le site http://quentinmoreau.multiply.com
- 2 nouveaux dossiers dans la "rubricabrac"
 

 
De Tambacounda à Saraya (Sénégal)
 
Au départ de Tambacounda, j’étais fatigué. Les jours précédents avaient été trop chargés en vélo bien sur mais aussi en rencontres et surtout en émotions. Ce séjour dans la famille Boubane m’avait réjoui mais aussi bouleversé et je me sentais las de trop d’émotions. J’avais besoin de solitude, de calme et la traversée du parc du Niokolo Koba m’a apporté exactement ce que je cherchais. Moi, la route et la nature, pure et sauvage. Retour aux sources…Je traversais une succession de hauts plateaux dégagées et de vallées verdoyantes où gambadaient phacochères et babouins. Je n’ai pas eu la chance d’apercevoir de grande faune comme lions ou éléphants mais ma soif de nature sauvage était déjà largement étanchée.
Trois jours durant j’ai traversé rases campagnes et petits villages de huttes avant d’arriver à Saraya qui représentait pour moi la fin du goudron puisqu’au delà m’attendait la piste jusqu’à Bamako. Une lettre destinée au sous-préfet de la ville qu’on m’avait confiée plus tôt dans la journée m’a permis de dormir chez lui. A mon arrivée à la sous-préfecture, j’appris qu’un accident venait de se produire au croisement de Bembou où j’étais passé une heure auparavant. Un mort, deux blessés, l’ambulance devait venir de Kédougou, ce qui voulait dire 65 km de piste défoncée à l’aller et même chose au retour. L’occasion pour le sous-préfet de maudire cette « réalité africaine ».
 

 
De Saraya (Sénégal) à Manantali (Mali)
 
En quittant Saraya je savais que je n’allais plus revoir le goudron avant Bamako. J’étais parti de bonne heure sans manger comme à mon habitude en glissant un pain sous l’élastique de mon sac. Dès les premiers kilomètres j’étais assailli par un nuage de mouches Tsé-Tsé (qui ne sont autre que la version africaine des taons de chez nous). Rouler le plus vite possible pour les semer tout en lâchant continuellement le guidon pour les écraser sur mes mains, mon visage, mes jambes, mon dos… La piste était très mauvaise, mes bagages ballottaient dans tous les sens dans un grand fracas. Impensable de s’arrêter pour manger. Je donnais tout ce que j’avais en criant « Courage Fix, courage ». Après deux heures de ce régime, les taons avaient disparus et je pouvais enfin m’arrêter pour manger. Mais quand j’ai regardé mon bagage, le pain n’y était plus, il était tombé avec les secousses de même que toutes mes bouteilles d’eau. Avec de l’eau j’aurais encore pu me cuire des pâtes mais là, rien à boire ni à manger, la seule chose à faire était d’avancer. Et il fallait en plus que les taons reviennent à la charge.Deux autres heures de combat plus tard, le miracle s’est produit. En plein milieu de la brousse, un campement occupé par des Toubab, race à laquelle je n’avais plus eu affaire depuis 1 mois. Mais encore beaucoup mieux que ça, c’étaient des Belges, deux géologues dont un de Louvain-La-Neuve à la recherche d’or pour une compagnie Canadienne. Festin gigantesque de plein de choses que je n’avais plus avalées depuis une éternité. Nous avons papoté Belgique, vieux profs de Louvain etc le tout dans un accent belge que je n’avais jamais trouvé aussi savoureux.
 
Je suis reparti avec le plein de provisions et de courage. Le soir même j’étais au bord du fleuve Falémé qui constitue la frontière entre le Sénégal et le Mali. Les gens chez qui j’ai dormi ce soir là parlaient très peu Français et comblaient ce manque d’échange en m’offrant des litres et des litres de vin de rogner (non fermenté donc non alcoolisé). Pour répondre à leur geste j’ai sorti une pomme, mon canif et ai découpé un quartier que j’ai tendu à mon interlocuteur. « Mais c’est fantastique, c’est comme du miel… » Il n’avait jamais goûté ce truc aussi banal qu’est pour moi une pomme. Intense moment de partage.
 
Le lendemain je passais le fleuve en pirogue pour le Mali, pas de douaniers dans cette brousse évidemment, je devais joindre au plus vite le premier poste qui se trouvait à Kéniéba. 20 km de brousse plus loin j’y étais. Mais en ouvrant mon sac pour y prendre le passeport, quelque chose manquait… mon canif, merde. Mais oui bien sur, la pomme de la veille. Je me vois encore le déposer sur cette chaise. Merde de merde. Après le tamponnage du passeport, je me suis assis sur le trottoir pour faire le topo. Pour récupérer mon canif, il me fallait 2 x 20 km de piste, 2x la traversée du fleuve à la nage (car je n’avais plus d’argent pour payer la pirogue hors de prix) et un bol monstrueux pour retrouver le canif qui était déjà certainement dans une poche. Impensable. Alors j’ai mis ma tête entre mes jambes et j’ai pleuré, de vraies larmes, comme ça ne m’était plus arrivé depuis des années… pour un bête canif. Quand on est seul, que les temps sont durs et qu’on a peu, on a besoin de mettre son affection quelque part et moi je l’avais mise toute entière dans ce canif. Bien sûr c’était un objet très utile mais surtout, il m’avait été offert par un vieil ami à l’aéroport et représentait pour moi toute l’amitié, la fraternité, l’amour qui me manquent tellement en ces moments. Du coup ce tout petit canif était devenu presque le centre de mon monde. Quand je partais d’un endroit, le check up était simple : passeport ? vélo ? canif ? ok je peux y aller, le reste n’est pas indispensable. Le réconfort peut tenir dans très peu de choses. Martin, maintenant tu sais que ton canif m’a apporté pendant deux mois, beaucoup plus que ce que tu n’aurais pu imaginer. Merci.
 
Je suis donc reparti morose vers Kassama et les ennuis n’étaient pas terminés puisque j’ai dû me battre toute l’après-midi avec une piste en montée très raide, remplie de rochers et de crevasses. Mais les efforts du montagnard sont toujours récompensés par la vue qu’il a du sommet, la mienne était époustouflante. La savane s’étendait à perte de vue, entrecoupée de falaises de grès rouge, cette brume qui s’en échappait au coucher du soleil, j’étais hypnotisé.
 
La piste aux mouches Tsé-Tsé et les géologues belges, le canif et la pomme, la piste aux rochers et le paysage. Comme si toute chose était toujours accompagnée de son contraire. Comme si un équilibre naturel devait toujours être respecté entre bien et mal, bonheur et malheur, souffrance et délivrance. Quand on y réfléchit, la vie oscille continuellement entre des hauts et des bas, comme si elle était prise au piège d’y cycle infernal.Force surnaturelle, Dieu, Allah, pur hasard ? Moi je vote pour la pure logique. On parle souvent de creux et de sommet de la vague. Et s’il n’y avait pas de creux, y aurait-il un sommet ? Il n’y aurait pas de montagnes sans vallées, pas de blanc sans noir ni de gentils sans méchants. Ceci ne relève ni d’un Dieu ni d’une force supérieure. Comment pourrions nous sentir le bonheur sans connaître le malheur ?
 
Quel est pour vous le plus beau jour des vacances ? Quand j’étais étudiant, je trouvais toujours que c’était le premier, celui ou on sort du dernier examen… Alors finalement, la meilleure manière de surmonter une difficulté c’est probablement de se dire que c’est le prochain moment de bonheur qui est en train de se construire.
 
 

 
De Manantali à Bamako
 
Depuis le départ, je n’avais jamais eu l’impression d’atteindre mes limites, mais sur ces 4 jours de Manantali à Bamako je m’en suis approché dangereusement. Expérience constructive certes, mais je ne suis pas prêt à la réitérer. Une gigantesque piste-autoroute, une monotonie sans commune mesure, des nuages de poussière à chaque passage de camion, des fosses, des bosses, et puis cette fameuse « tôle ondulée » tant redoutée par la mécanique (et les fesses du cycliste) et enfin Bamako, si proche mais qui n’arrive jamais. Je n’avais plus un rond en poche et j’étais donc obligé de vivre matin, midi et soir sur mes réserves, c’est à dire 1,5 kg de pâtes et quelques oignons. Au fil des jours je faisais de moins en moins de km, je passais le reste de mes journées à essayer de me réconforter, reprendre du courage pour ces quelques derniers kilomètres qui me paraissaient des montagnes. Quand je suis arrivé à Bamako, j’avais faim, soif, mes jambes me soutenaient à peine et j’étais couvert de poussière et de transpiration séchée. En y repensant, je crois bien que 5 km de plus auraient suffi pour me faire abandonner.
Dans ce genre de situations où le seul choix qu’on ait est d’avancer, je puise des forces dans la haine que j’ai pour quelque chose, ça n’est probablement pas bien intelligent mais je n’arrive pas à faire autrement. Du coup j’ai passé 4 jours à râler sur une seule chose, une chose qui me touche énormément depuis que je suis en Afrique noire : cette incompréhensible apathie générale, cette tendance à ne rien foutre, à attendre que le futur décide de leur sort, ce fatalisme. J’étais venu ici dans la naïveté la plus totale, sans aucun à priori, aucun préjugé, et maintenant je me vois obligé de constater ce que j’avais toujours refusé de croire. Au début on ne l’accepte pas, on se dit qu’on doit se tromper, qu’on a pas eu de chance alors on en parle autour de soi et puis on se rend compte que tout le monde est arrivé à la même conclusion, que tout le monde en est catastrophé, que tout le monde espère se tromper alors personne n’en parle autour de soi avant qu’un type un peu plus culotté vienne placer son doigt dans l’engrenage et alors tout le monde se lâche subitement, se libère de ce fardeau trop lourd à porter. Quand je dis tout le monde, je n’exagère pas, j’en ai énormément discuté avec noirs et blancs, intellectuels, professeurs, voyageurs…
Mais foutre 4 jours en l’air à ressasser ça m’ont suffi et je n’ai pas vraiment le courage actuellement de me lancer dans de grands discours. Il serait aussi plus prudent d’attendre la fin de mon voyage africain avant de faire des généralités. Un soir dans le fond de ma tente, j’ai essayé de lâcher cette pression qui montait en moi par l’humour en tentant l’écriture d’une sorte de petit pamphlet (voir Dossiers).
 
 
Le bonheur, c’est tout petit
Si petit que parfois on ne le voit pas.
Alors on le cherche, on le cherche partout.
Il est là, dans l’arbre qui chante dans le vent,
L’oiseau le crie dans le ciel,
La rivière le murmure
Le ruisseau le chuchote,
Le soleil, la goutte de pluie, le disent.
Tu peux le voir, là, dans le regard de l’enfant,
Le pain que l’on rompt et que l’on partage,
La main que l’on tend.
 
Le bonheur c’est tout petit,
Si petit que parfois on ne le voit pas
Et on le cherche dans le béton,
l’acier, la fortune.
Mais le bonheur n’y est pas,
Ni dans l’aisance, ni dans le confort.
On veut se le construire mais il est là,
A coté de nous et on passe sans le voir
Car le bonheur est tout petit.
Il ne se cache pas,
C’est là son secret,
Il est là, tout près de nous
                                                                                                    Auteur inconnu
 
Moi, quitte à être moins poétique, je préfère dire que le bonheur est « tout relatif ». On ne peux mieux s’en rendre compte qu’en voyageant avec peu. On retrouve dans de toutes petites choses un plaisir extraordinaire. Un tasse de café soluble, un petit bonbon, un sourire, une odeur agréable, un coin d’ombre… toutes ces toutes petites choses dont la facilité de notre vie nous a fait oublier la valeur. On trouve toujours le bonheur dans ce qu’on a de mieux, mais parfois ce qu’on a de mieux c’est tout petit.
Ma maman utilisait une belle image pour m’expliquer cela : « le sachet de cerises »
Dans un sachet de cerises, il y a toujours des belles et des moins belles, des grosses et des moins grosses, des rouges et des moins rouges mais quand on se sert on prend toujours celle qui est la plus belle à nos yeux. Et une fois le sachet vidé, on se rend compte que, malgré tout ce qu’il contenait, on n’a mangé que des belles cerises parce que , jusqu’à la dernière, celle qu’on choisissait était toujours la plus belle du sachet…
Le toubab est un homme incroyable, en fait non, ce n’est pas un homme, c’est une bête. Une bête dotée de tous les pouvoirs. Le toubab est beau, grand, d’une force surnaturelle. Il est capable de tout, partout, tout le temps. Il n’est jamais fatigué, rien ne l’énerve. Mais le toubab est surtout extrêmement riche, il peut donner son argent à qui il veut, quand il veut, où il veut. D’ailleurs chaque toubab a chez lui une piscine d’euros où il va nager tous les matins, il en sort les poches pleines d’argent et puis il part acheter ce qu’il veut, quand il veut, où il veut. Et quand sa piscine se vide, il part cueillir des euros dans les arbres à billets qui poussent dans le fond de son jardin et remplit des seaux d’euros dans les rivières de pièces qui coulent dans toutes les vallées.
Quand un toubab visite l’Afrique avec son vélo magique qui coûte très cher et qu’il a acheté simplement en ouvrant le robinet de sa piscine d’euros, il est capable d’éviter les trous de la piste rien qu’en tenant son guidon avec ses dents pour pouvoir dire bonjour à tous les petits noirs qui sont sur le bord en train d’attendre que quelque chose se passe.
Mais tu vois mon fils, le toubab là bas, avec son mouchoir sur la tête et ses mollets en forme de bidon d’essence, lui c’est un toubab pas comme les autres. Lui il est parfois fatigué, il est parfois énervé. D’ailleurs quand on l’appelle « le blanc » pour attirer son attention, il répond « raciste », quand on le réveille d’un coup de pied pour dire bonjour, il se fâche. Lui il a à peine 200 FCFA en poche et ne donne jamais rien à personne. Il n’est d’ailleurs pas capable de tenir son guidon avec ses dents pour dire bonjour. Tu vois mon fils, si ce toubab là il est devenu un homme comme les autres, un homme comme nous, c’est parce qu’il est resté trop longtemps sur notre continent, il a été CONTAMINÉ…
Toi mon fils tu ne seras pas comme ça, quand tu seras grand tu prendras une pirogue et tu iras en Toubabie, tu deviendras un Belgicain. Tu auras comme tout le monde une piscine d’euros où tu iras nager tous les matins et tu en ressortiras les poches pleines d’argent.
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